S’inviter à dîner

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Œuvre : Devine qui vient dîner ce soir.

Action participative et culinaire destinée à mettre au jour un réseau de connaissances, à l’échelle d’une ville (Montpellier), par l’organisation d’une série de 16 dîners donnant lieu au «grafittage» de 16 parties d’une même peinture. Action consistant à réunir les 16 morceaux et tous les participants successifs lors du vernissage exposant le résultat.

Lieu : Montpellier, France, 2005 / 2006.

Textes de référence :

Montpellier, un soir de juin 2005,

Je viens de découper une de mes peintures de 2 m / 2 m en 16 parties égales. Descendu chez mes voisins Thierry et Valérie, je leur suggère d’inviter prochainement chez eux quelques amis pour les faire intervenir sur un de ces morceaux.
Ce soir là, alors que l’apéritif aidant, la première pièce du puzzle se couvre de dessins et de messages griffonnés aux feutres, j’en profite pour inciter quelqu’un à prendre le relais et à accueillir le deuxième « Rendez-vous ». Bénédicte et Marc acceptent de jouer le jeu en conviant à leur tour une dizaine de proches à une séance de « graffitage »…
Dans l’été, je renouvelle l’opération plusieurs fois et les choses se mettent en place.

Au gré des invitations successives, je pars à la découverte d’un vaste réseau de connaissances dont les ramifications s’éloignent pour mieux se retrouver. Grâce à mes peintures partagées, j’accède à des territoires intimes que je situe ensuite dans l’espace de ma ville. En suivant les traces laissées par chacun, je découvre qu’elles sont autant d’échos radar finissant par ébaucher une topographie colorée de la relation sociale.
Les contours en sont mouvants – émouvants – Car nous évoluons tous dans ce rapport à l’altérité à l’image du résultat formel que sera la grande cartographie finale recomposée. Et c’est précisément cette mutation dont ma démarche cherche à exposer les enjeux.

Ne nous y trompons pas, ouvrir sa porte à un inconnu n’est pas un acte anodin.
Le temps d’une soirée, le petit jeu en société que nous jouons révèle en contrepoint un jeu d’une autre nature : celui dans les rouages d’un monde qui ne « tourne pas très rond ».
A l’heure où nos banlieues brûlent, attisées par un vent de populisme et de xénophobie, la méfiance et la peur de l’Autre gagnent du terrain – Partout, les portes se referment. La confrontation salutaire à une diversité d’être et de penser ne va plus de soi. Depuis la pandémie redoutée de grippe aviaire jusqu’à la soi-disant : « guerre contre le terrorisme », des virus réels et virtuels s’insinuent sournoisement dans nos pensées et notre société pour en assurer le spectacle tandis que dans leur ombre, le champ de nos libertés se réduit comme peau de chagrin. Dans une tectonique mortifère, de dérives sécuritaires en replis communautaires, les sommets de notre imaginaire se dégonflent jusqu’à n’être plus que des grains de sable gênants coincés au fond de nos paupières tombantes.

Pourtant, ce soir, je souhaite ouvrir les yeux.

Dans un reflet brillant, je vois les pièces réunies d’un monde multicolore. Elles se mélangent et se recomposent à l’infini, elles font de moi ce que je suis.

Vous êtes les pièces de mon puzzle. Merci d’être là…

Liens :

Bernard Stiegler sur la création contributive.




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