Bio

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Né en France en 1970, Yann Dumoget est un artiste voyageur.

Souvent portées par une idée simple et marquante, ses œuvres prennent des formes variées (changer des dessins de billets de banque contre du vrai argent, repeupler une ville fantôme d’épouvantails à son effigie, transformer des conteneurs poubelles en pochettes-surprises pour SDF). Dans une économie de crise impliquant de nouvelles stratégies créatives, celles-ci ont pour constante une sobriété de réalisation qui contraste avec la minutie de leur préparation.

S’intéressant aux bouleversements d’un monde globalisé et numérisé, l’artiste débute son travail par de longues périodes d’investigations qui le poussent souvent à se rendre au plus près des situations qu’il examine. Associant différentes disciplines, mais également de multiples références stylistiques et symboliques, il procède alors par télescopage, sampling, dans le but d’aboutir à une mise à distance poétique d’une réalité sociale.

Dans la même logique de combinaison, si l’attention de l’artiste se porte sur chacune des étapes de la création de ses œuvres, de leur conception, jusqu’à leur développement dans des circuits spécifiques qui sont rarement les expositions dans « le cube blanc », c’est sans doute dans l’espace médiatique que celles-ci existent véritablement. Leur nature pouvant se comprendre en dernier lieu comme une vibration singulière entrant en résonance avec l’ensemble d’un paysage créatif mondial fonctionnant désormais en peer to peer.

 

Biographie détaillée :

Après ses études d’histoire de l’art à l’université Paul Valéry de Montpellier, Yann Dumoget est d’abord musicien dans un orchestre de rock qui sillonne l’Europe.
En 1999, il se met à peindre frénétiquement en réalisant une toile par jour pendant un an, soit 366 toiles pour l’an 2000.
Son attention portée à la sphère sociale le conduit à élaborer un procédé participatif consistant à demander au public d’ajouter la touche finale à ses productions en écrivant et dessinant dessus avec des feutres indélébiles.
 A la croisée entre Street Art et esthétique relationnelle, ce retournement de la pratique du tag cherche à faire de ses « peintures partagées » le centre de dispositifs de mise en relation lui permettant d’aborder de façon singulière les concepts de territoire, de propriété, d’identité et d’intégrité. Dans un monde globalisé et informatisé où les flux circulent à grande vitesse, il se penche en particulier sur la mise en réseau, le « partage du commun », l’horizontalité des échanges non marchands. Il s’intéresse à la manière dont peuvent se repenser les notions antagonistes d’insémination et de stérilité, d’hospitalité et d’hostilité, d’individu et de société.
    En 2000, il s’installe à Berlin. Avec le groupe informel « Kunst der Nähe », il y mène une série de micro-actions, toujours d’inspiration sociale, qu’il continue d’articuler autour du « graffitage » de ses peintures. Ayant lieu dans l’espace public, chez les particuliers, très souvent en dehors du « cube blanc », celles-ci dépassent rarement le périmètre de son quartier (Prenzlauerberg)  et assument une modestie d’ambition autant que de moyens. Cet « art de proximité » se posant en double inversé des expositions-événements et du marché international animé par les grands collectionneurs.
    En 2002, reprenant avec humour l’esprit de guérilla souvent présent dans l’art urbain, il souligne cette marginalité en s’invitant de manière intempestive à la Documenta 11 de Cassel avec Doklomenta.
    En plus de la photographie, qu’il utilise déjà pour documenter ses actions, il agrandit alors son champs d’expression en se livrant pour l’occasion à la diffusion sauvage d’autocollants dont il inonde les murs de la ville. Ceux-ci détournent de manière potache les codes-couleurs de la manifestation en les associant à des slogans provocateurs. Il pirate également le site Internet officiel de celle-ci pour en donner une version ludique et participative où le visiteur peut, grâce à un logiciel novateur pour l’époque, s’amuser à « graffiter » en ligne des peintures virtuelles dont les exemplaires originaux sont disposés – comme un hommage décalé à Duchamp – dans les toilettes des véritables lieux d’expositions.
    Fin 2003, après avoir écrit une longue lettre d’adieu à la capitale allemande sous la forme du roman Rêve Berlinois ( publié en auto édition), il regagne le sud de la France.
    De 2004 à 2007, désireux de continuer à explorer la manière dont s’articulent les préoccupations artistiques, économiques et citoyennes qui l’animent, il donne à ses œuvres des formes variées dont le point d’ancrage est encore la peinture. Celles-ci vont des réunions-ventes chez des particuliers sur le modèle Tupperware aux performances de team bulding dans l’univers entrepreneurial, de l’action humanitaire menée avec des collégiens à la prise d’otage contre rançon d’un responsable de la DRAC, du jeu de société pictural à la création collective sur Internet. La mise en place d’un circuit de diffusion singulier étant considérée comme partie intégrante de chaque nouvelle œuvre.
    En 2008, il initie Le chant des pistes, une errance qui se poursuit jusqu’en 2010. Le prétexte en est l’acheminement, d’un bout à l’autre de la planète, sur le principe de la concaténation, de messages écrits et dessinés par des tiers sur des morceaux de papier journal (et non plus sur ses peintures). Il y joue sur l’ambiguïté du terme « facteur ». Car, de fait, à l’opposée de sa série de 366 toiles pour l’an 2000, pour laquelle il produisait « à la chaîne », il devient alors un artiste qui ne « fabrique » rien. Exceptée, comme par effet miroir, l’intense production épistolaire à l’intention de personnalités du monde de l’art à laquelle il se livre.
    En 2011, un de ses correspondants, Paul Ardenne, lui donne l’opportunité d’en présenter un compte rendu sous la forme d’une installation retraçant son parcours dans 29 pays. Insistant sur les doutes, les frustrations éprouvées lors de son périple, il choisit de prolonger le trait et d’exposer un niveau zéro de l’expérience relationnelle matérialisé uniquement par des traces de transactions financières.
Au gré de ses voyages, nourrie de rencontres et de remises en questions, sa pratique devient une façon poétique négocier avec les réalités d’un monde en crise. Il se rend, par exemple, en Islande au moment de la rentrée parlementaire et des manifestations qu’elle occasionne pour mener à bien le projet de création monétaire : Superadditum. Puis en Grèce, en 2012, pour Superfouilles et Le Silence de la rue, deux témoignages photographiques qui portent un regard sur l’essoufflement de la société de consommation. Les contradictions de cette posture  » d’artiste engagé  » le poussant dans le même temps à réaliser spontanément la vidéo : La nuit du 4 août 

En 2013, il poursuit se cycle d’œuvres avec Surprise-Parti(e), une parodie d’action humanitaire réalisée à Marseille et Les hommes de paille, repeuplement d’une ville déserte à El Quiñon, Espagne.

En 2014, avec L’œuvre au noir, il se rend au Portugal pour évoquer les ravages de l’austérité et en tire une série de photographies dans lesquelles il repeint symboliquement la ville de Grândola en noir. Il revient également sur la composante financière de la crise avec les Paysages monétaires internationaux et aborde les impôts avec V.I.T.R.I.O.L à l’occasion des 100 ans d’impôt sur le revenu en France.

En 2015, il retourne en Grèce pour faire le point sur la situation avec Vide aveuglant, Civilisation à vendre et Fin d’émission dans 15 mn tandis qu’il continue parallèlement ses expérimentations de peintures partagées avec le projet au long court Pictovirus.

 

 

Réalisations Récentes :

2016

–    La naissance des monstres, Série de tirages photographiques sur papier salé.

–    More is not enough, Installation bling bling modeste, Z.A.N gallery, France.

–   The Children, Vidéo réalisée en lien avec le projet La dérive des graines.

2015

–    La dérive des graines, Action de faire dériver des graines dans des coquilles de noix sur un plan d’eau du centre ville, Montpellier, France.

–    Vide aveuglant, Diaporama évolutif diffusé quotidiennement dans un centre d’art depuis la Grèce , Athènes, Grèce / Montpellier, France.

–    Civilisation à vendre, Installation proposant une civilisation à vendre, Montpellier, France.

–    Fin d’émission dans 15 mn, Interview vidéo de 15 mn d’Eve Tsirigotaki au sujet de la fin de la télévision grecque ERT. Montpellier, France.

2014

–    L’œuvre au noir, Série de photographies peintes repeignant symboliquement en noir la ville de Grândola, Portugal.

–    V.I.T.R.I.O.L, Action de donner de petites amulettes en pâte à sel à une chèvre. Dessins, vidéo, photographies et amulettes qui en sont issues.  Le Cailar, France.

–    Paysages monétaires internationaux, Série de paysages monétaires réalisés à partir de collages de véritable billets de banques.

–    Pictovirus, Action d’inoculer un virus pictural sur les œuvres d’artistes locaux. Montpellier, France.

2013

–    Les hommes de paille, Action de repeupler une ville déserte d’hommes de paille, El Quiñon, Espagne. Série de photographies qui en est issue.

–    Surprise-Parti(e), Action de transformer des conteneurs poubelle en pochettes surprise pour précaires et faméliques, Marseille, France.

2012

–    Le silence de la rue, Série de photographies proposant des non-images de la crise économique réalisées lors d’une résidence d’un mois. Athènes, Grèce.

–    Superfouilles, Série de photographies proposant une approche archéologique de la culture alimentaire industrielle. Athènes, Grèce.

–    Peintures vendues au poids, Série de peintures/collages à but lucratif présentés comme autant d’éléments de décoration vendus au poids. Montpellier, France.

2011

  Superadditum, Incitation à la création monétaire individuelle et opérations de change. Photographies associées. Reykjavik, Islande.

–    La ligne du jour , Jeu de société inspiré des méthodes de Storytelling à partir d’éléments picturaux aboutissant à la réalisation d’œuvres textuelles, picturales, sonores, photographiques et vidéo. Lieux divers, France.

–    La nuit du 4 août, Vidéo non éthique témoignant de la misère de proximité. Rue Rambaud, Montpellier, France. Action de proposer cette vidéo à l’acquisition par le FRAC devant laquelle elle a été tournée équivalant pour l’artiste à vendre son âme pour un Euro.

–    Statut Quoi ? Série de peintures/collages/tissages dont les éléments textuels sont issus de statuts relevés sur le réseau social Facebook. Montpellier, France et Internet.

–    Compte Rendu, Le chant des pistes, Installation réduisant les relations humaines à un échange marchand. Paris, France.

–    J’achète votre âmitié – Achat d’amis au moyen de faux billets de banque réalisés par l’artiste. Lieux divers. Europe.

–   Prix sur le vif, Série de photomontages. Souvenirs de voyage qui ont un prix. Lieux divers. Monde. *

2008 – 2010

–   Le chant des pistes – Errance relationnelle de deux ans autour du monde sur le principe de la concaténation. Le prétexte étant l’acheminement à destination d’inconnus de messages écrits sur des morceaux de papier journal. En parallèle, chronique épistolaire de ce périple à l’intention de personnalités du monde de l’art. Lieux divers, Monde. (Vingt-neuf pays. Afrique, Australie, Asie, Amérique du sud, Europe). Éléments textuels, photographiques et picturaux associés.