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Œuvre : Prix sur le vif.

Souvenirs de voyage qui ont un prix. Photomontages.

Lieu : Lieux divers. Monde. 2008- 2010.

Texte de référence :

De 2008 à 2010, je suis parti autour du monde pour le projet : « Le chant des pistes ». Construit sur le principe de la concaténation, celui-ci consistait à demander à mes rencontres de voyage successives de déterminer ma prochaine destination en me donnant l’adresse d’un proche à visiter de leur part.

Influencé par l’esthétique relationnelle, j’avais ainsi pour ambition de susciter des « états de rencontre » dont je gardais ensuite la trace photographique tandis que l’ensemble de mon voyage faisait l’objet d’une chronique épistolaire régulière à l’intention de personnalités du monde de l’art parisien.

Hélas, j’ai très vite mesuré la distance immense qui séparait mon idée sur le papier et la réalité d’un monde en crise que je me faisais fort de parcourir sac à dos.

A mille lieues du cube blanc des galeries, la plupart de mes contacts étaient déséquilibrées, superficiels. Je me voyais en humain empathique qui voulait parler d’art ; Pour les paysans fourbus que je côtoyais pendant mes longues heures de bus et qui me parlaient de survie, j’étais simplement un touriste. Je me prétendais artiste, mais pour eux, je n’étais guère plus qu’un étranger suffisamment riche pour se payer une balade d’agrément.

Je me suis remis en question ; Là se trouve l’essence du voyage. Oui, j’étais aussi ce touriste. Un gars en short et appareil photo en bandoulière parmi les centaines qui déferlaient dans leur pays sans rien en connaître. Pas de ceux qui reviennent en pérorant : « J’ai fait l’Inde, j’ai fait le Brésil », pas de ceux, non plus, qui ne voyagent que pour faire le cliché qu’ils ont déjà vu cent fois dans les albums de leurs voisins et dont ils veulent leur exemplaire personnel, encore moins de ceux dont le bus s’arrête juste devant les pyramides et à qui l’on dit « c’est là ».

Mais quand même, moi aussi, je suis passé souvent trop vite, je n’ai pris le temps de visiter de certaines villes que les sites incontournables, les images « de cartes postales ». Moi aussi, j’ai fait semblant de croire à ces figurants en costumes traditionnels, à ces souvenirs locaux fabriqués en série à Taiwan…

La série : « Prix sur le vif » parle de cette accumulation de clichés, à tous les sens du terme. Elle propose de belles vues proprettes qui semblent collées dans un album en moleskine désuet à la Chatwin. De l’autre côté de l’image, là aussi à tous les sens du terme, la réalité est plus grinçante. Un billet de banque, une légende absconse interroge le regardeur. Son auteur, tel un entomologiste, collectionne-t-il pareillement les billets de banque et les humains qu’il placerait ensuite sur le même plan ? La coupure est-elle simplement un repère destiné à préciser l’endroit de la prise de vue ? A quoi correspond le montant ? L’artiste a-t-il payé la somme indiquée pour avoir son cliché comme cela se pratique couramment, a-t-il plutôt acheté du temps avec le sujet pour des faveurs moins avouables, ce qui justifierait le titre « Prix sur le vif – le vivant » ?

Même si chacun est libre de construire son interprétation, de la plus innocente à la plus sordide, en puisant dans ses propres contradictions, le caractère accessible, voire naïf de cette série évoque incontestablement les sentiments ambivalents et une certaine forme de culpabilité que j’ai pu éprouver à différents moments de ce périple de deux années. Ceux-ci sont liés en partie au décalage de mode de vie existant entre mes hôtes et moi, aux effets d’acculturation du tourisme de masse, à la marchandisation des rapports humains, aux crises humanitaires dont j’ai mesuré l’ampleur malgré moi.

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